Publié dans MenaYou

Ménage à trois

Chez moi, il y a un adage qui dit « 99 jours pour le voleur, un seul jour pour le grand patron ». J’ai toujours souri chaque fois que quelqu’un dans mon entourage l’utilisait. Parce que ça faisait déjà plus de 99 jours que j’étais dans la posture du voleur, et pourtant je n’avais pas encore été fait grand patron. Pourtant ce jour arriva…

Un dicton de chez moi dit « 99 jours pour le voleur, un jour pour le patron ». J’ai toujours souri quand mon chéri employait ce dicton dans des conversations en famille ou entre amis. C’est dire à quel point ce dernier se croyait malin, pensant que je n’étais pas au courant de ses petites affaires qu’il fait passer pour des afterwork innocents.

Elle et moi, comme ça nous arrive de temps en temps et de façon plutôt spontanée, décidons un beau soir aux environs de 23 heures de sortir prendre un verre dans l’un des snacks les plus appréciés de la ville – mais que je déteste à cause de la musique qui y est toujours trop forte.

Un autre dicton de chez nous dit que « quand la mort veut déjà te prendre, tu avances vers le ravin sans même comprendre ta tête ». Lorsque mon chéri a proposé d’aller boire un verre, je ne me suis méfiée de rien. J’y voyais une soirée romantique jusqu’à ce que je comprenne que notre destination du jour était le snack Black &Black, lieu de toutes mes sorties douteuses avec mes copines.

C’est en entrant dans la salle pourtant presque déserte, mais d’où émanait une chaleur étonnante accompagnée d’une musique dont le nombre de décibels devait être de loin supérieur à la limite autorisée, que j’ai compris que quelque chose allait se passer. Quelques mètres après avoir passé la porte, mon regard est attiré par un groupe de femmes en train de danser entre elles. Et, parmi elle, un visage, une silhouette, des formes que je ne connais que trop bien.

Un autre dicton de chez nous dit que « quand c’est ton jour de malchance même la chèvre peut te mordre ». En reconnaissant mes copines du dehors entrain de danser dans un coin de la piste (improvisée) de danse, mon cœur est d’abord tombé dans mon ventre. Façon je les ai vues agitées, j’ai cru que tous mes mapanes allaient être dévoilés. Mais aussi vrai que les cheveux brésiliens que j’ai sur le crâne n’ont jamais vu la couleur du Brésil, la chèvre ici c’était bien moi.

Ça faisait un bon moment déjà que la demoiselle et moi faisons des choses peu catholiques ensemble. Le plus dangereux, c’est que toutes ces femmes et Elle se connaissaient. Le danger, c’est ça qui donnait peut-être tout son piment à la relation. Bref…

Comme si elles nous attendaient, les trois femmes fondent sur nous, et après quelques embrassades, elles nous invitent à leur table. Inutile de dire que je me serais passé de cette invitation. Surtout que, lors des embrassades, l’autre a gentiment insisté sur ma joue, en m’étreignant de façon explicite.

Marlyse, dehordinho en chef, capitaine de l’équipe du dehors de la réunion des jeunes femmes dynamiques de Yaoundé, avance en tête de file et nous invite à venir rejoindre la table où toutes mes copines sont entrain de soulever les kabas assises. Mon cœur n’est toujours pas remonté à sa place mais étrangement, mon chéri semble prendre cette invitation avec beaucoup de philosophie, c’est donc d’une accolade fébrile que je réponds aux gestes d’hospitalité de ma copine, et accepte de m’assoir avec elles.

Nous voici donc installés, moi assis comme un chef de village Bamiléké – ils sont généralement polygames -, c’est-à-dire entouré de femmes, avec à ma droite Elle, et à ma gauche l’autre. L’autre sait qui est Elle, mais, l’alcool aidant, n’en tient pas compte. Après quelques minutes, elle m’entraine sur la piste de danse, m’enlace, me caresse frénétiquement, et essaie de m’embrasser plusieurs fois. Je parviens à chaque fois à éviter sa bouche et j’essaie de la raisonner, mais c’est peine perdue, le DJ est visiblement contre moi. J’ai même l’impression qu’il a encore haussé le volume de la musique.

Crédit photo: sunuker.com
Crédit photo: sunuker.com

Derrière, je sens qu’il y a du mouvement. J’ai l’impression de voir des points d’interrogation suspendus sur la tête de Elle. Malheureusement, j’ai préféré lui tourner totalement le dos pour l’empêcher de voir ce qui se passe sur la piste. À ce moment, j’aurais tout donné pour avoir les yeux derrière la tête. Mais j’aurais donné encore plus pour n’être jamais sorti ce soir là.

Un dernier dicton de chez nous dit que « quand 6 devient 9, c’est que le poisson peut déjà  nager dans sauce graines». Non je ne rêvais pas, le retournement de situation était réel. La soularde de Marlyse, ma copine préférée du dehors faisait du rentre dedans à mon chéri, et le tintin était trop calme pour être innocent. C’est donc comme un requin que j’ai bondi de mon siège, décidée à saisir l’autre sorcière par le kaba et leur couper une même chandelle. N’eut été mes autres copines qui ont tôt fait de me rappeler que le proprio du Black & Black était l’un de mes meilleurs dragueurs, j’aurais fait un carnage sur la piste de danse.

Quand je parviens enfin à me dégager de l’étreinte de l’autre, j’ai la mauvaise impression que Elle et les autres femmes se sont concertées. Je retourne m’asseoir et je constate que, à ma gauche, la place est occupée par l’une des femmes. Pour éloigner l’autre de moi, sans doute. Et limiter les dégâts. Qu’est ce qu’Elle a vu exactement ? Qu’est-ce qui va encore me tomber dessus ?

En tout cas, maintenant je connais au moins une des petites qui font vibrer le wassap de monsieur pendant que je fais semblant de dormir. Et ce n’était pas fini, le  jour de la patronne était bel et bien arrivé. J’ai profité de cette situation pour le forcer à tout (dans mes rêves) avouer et à me débloquer son téléphone qui a dix milles codes là. Quant à la voleuse de gars là, on se voit dimanche au Njangui.

Elle* et Lui

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Crédit photo de couverture: sunuker.com

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Auteur :

Enseignant. Développeur web. Blogueur.

8 commentaires sur « Ménage à trois »

  1. J’aime.. J’aime.. Quoique qu’avec le mélange des expressions locales (de quel pays?) je perds un peu.. A force, j’apprendrai bien pour ne rien louper.
    Et énorme coïncidence! je fais également des articles dénommés Elle et Lui, des fictions courtes plus ou moins dans cette veine.
    Les grands esprits se rencontrent.

    Aimé par 2 personnes

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