La féministe et le macho

ciel-orage-eclairs (1)

Le vent soufflait si fort qu’on aurait dit qu’il poussait les motos sur la colline.

Une jeune fille habillée comme un fantasme se battait avec sa petite robe en skaï. Elle se essayait de faire de petits mais rapides pas pour rejoindre un abris.

Le bus qui venait de déposer des écolières s’éloignait en vrombissant. Les gamines, elles, s’amusaient des bourrasques qui faisaient gonfler les jupes de leurs uniformes. Elles riaient en dandinant, essayant maladroitement de cacher leurs petites jambes en plaquant les jupes contre leurs cuisses.

Le vent soufflait de plus en plus fort. On entendait des sons étranges dans les airs. On aurait dit les soupirs d’une femme au milieu d’un orgasme avorté.

Au fur et à mesure que la pluie s’infiltrait dans les pavés, leur gris se fonçait. Leur surface s’inondait.

Obscure, le ciel n’offrait plus de nuance. Des éclairs fendaient les nuages.

On aurait dit qu’un genre de typhon Nsangou ou Ateba arrivait.

Bien heureuse de ne pas avoir à sortir, j’observais depuis m’a fenêtre. Épiant le parcours tragique des passagers que les motos déposaient au milieu des flaques immenses, je fumais.

Mon bâton de Marlboro dans la main gauche, mon verre improvisé en cendrier dans la main droite, j’écoutais les gouttes de pluie s’écraser contre ma baie vitrée.

Diiing.

Intrépide et insolent, il a sonné. Au dessus du grondement des rafales et des torrents, son cri s’est élevé.

Je sors de ma torpeur. Mon eau est chaude. C’est mon micro-ondes qui me le rappelait. Je vais me préparer un thé en l’attendant.

Je ne sais pas si s’il viendra, mais je vais attendre ici. A vrai dire nous n’avons pas rendez-vous aujourd’hui. Nous n’avons même plus rendez-vous. C’est ainsi depuis quelques temps. C’est fini. C’est fini sur un énième malentendu. C’est fini pour une énième fois.

Était-ce mon odeur de tabac qui le rend dingue ?
Son penchant stalinien et ses silences qui m’insupportent?
Mon incapacité maladive à demander clairement ce que je veux?
Sa tendance narcissique à refuser systématiquement même ce que lui-même il veut ?
Cela n’importe plus.

Il m’a dit  » féministe réactionnaire ». J’ai répondu « macho qui a toujours besoin de trop en faire pour rappeler au monde qu’il a une paire de couilles. « 

Quel macho va aimer une femme qui va toujours vouloir discuter ses avis? Quelle féministe risque sa liberté et ses convictions dans les bras d’un homme dont l’instinct ne lui dicte que de la posséder.

Pourtant c’est ainsi. Face à qui exprimer sa liberté si il  ne nous enferme pas. Face à qui, renforcer son étreinte si elle ne se débat pas.

Il veut une femme S.O.U.M.I.S.E. Il me l’a dit. Il me l’a dit ainsi. Soumise? Moi je ne sais pas ce ces lettres mises ensemble veulent dire. Je le lui ai également dit ainsi. Moi je sais seulement aimer. Encore. Et encore. Aimer!

J’ai pourtant supplié. Qu’il revienne!  N’est-ce pas là la plus grande des soumissions? Celle du cœur.

J’espérais vraiment qu’il vienne. Qu’il vienne s’abriter au creux de mes bras. J’espérais qu’il sache que chez moi il aura toujours un abris pour lui. Qu’il n’a pas à se laisser tremper par la pluie.

Oui, je parle bien de lui. C’est bien de Lui que j’écris.

Lui!

Diiing c’est peut-être l’eau pour le thé . Ah! Le micro onde a déjà sonné.

Serait-ce la sonnerie alors?

Peut-être lui.

Peut importe, le soleil finit toujours par chasser les nuages.

Signé Elle

 

Crédit : Boboshow / Pixabay – Licence : CC0
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